Comptabilité carbone

Base Carbone et Base Empreinte : comprendre ce qui a changé

La Base Carbone a longtemps constitué la référence française pour les facteurs d’émission. Avec Base Empreinte, l’ADEME a fait évoluer son dispositif vers une base environnementale plus large. Pour les organisations, l’enjeu n’est plus de choisir entre deux bases concurrentes, mais de sélectionner le facteur adapté, d’en comprendre le périmètre et d’en conserver la traçabilité.

Illustration d’une base de données environnementale et de l’analyse de facteurs d’émission pour un bilan carbone.

Avant de choisir un facteur, comprendre l’évolution des bases ADEME

Dans un bilan de gaz à effet de serre, le facteur d’émission constitue le lien entre une donnée d’activité et les émissions qui lui sont associées.

Litres de carburant consommés, kilowattheures d’électricité, kilomètres parcourus, tonnes de matières achetées : ces données ne deviennent exploitables dans un bilan carbone qu’une fois associées à un facteur correspondant au bon périmètre, à la bonne unité et au bon contexte.

Pendant de nombreuses années, en France, la Base Carbone® de l’ADEME a constitué la principale référence publique pour accéder à ces facteurs.

Depuis 2023, le paysage a évolué avec Base Empreinte®, conçue pour réunir et élargir les données environnementales auparavant réparties entre plusieurs bases. L’ADEME indique que Base Empreinte résulte de la fusion de Base Carbone, dédiée à la comptabilité carbone des organisations, et de Base IMPACTS, historiquement utilisée pour l’évaluation environnementale des produits. Affichage Environnemental (nouvel onglet)

Base Empreinte : une évolution du dispositif, pas une seconde Base Carbone

Présenter aujourd’hui Base Carbone et Base Empreinte comme deux solutions totalement indépendantes serait trompeur.

Base Empreinte constitue désormais l’environnement de référence porté par l’ADEME pour centraliser les facteurs d’émission et les jeux de données nécessaires à différents exercices de comptabilité carbone et d’évaluation environnementale.

L’ADEME la présente notamment comme la base de données de référence de l’article L.229-25 du Code de l’environnement. Affichage Environnemental (nouvel onglet)

La logique a donc changé.

La question n’est plus simplement :

« Base Carbone ou Base Empreinte ? »

Elle devient :

« Quelle donnée de référence correspond réellement à mon exercice, et dans quelles conditions puis-je l’utiliser ? »

Cette nuance est importante. Une base de données, même officielle, ne dispense jamais de comprendre le facteur sélectionné.

Base Carbone existe-t-elle encore ?

Oui, mais il faut distinguer le jeu de données de l’architecture de référence dans laquelle il s’inscrit.

L’ADEME continue de publier le jeu de données Base Carbone®. La version disponible sur son portail open data a été mise à jour le 3 juillet 2025 et comprend plus de 18 000 enregistrements. L’ADEME renvoie elle-même vers Base Empreinte pour la documentation complète, le périmètre et les sources des données. ADEME Open Data (nouvel onglet)

Cette coexistence explique une partie de la confusion.

Voir encore apparaître la dénomination « Base Carbone » ne signifie donc pas qu’il faille arbitrer entre deux référentiels opposés.

Pour une organisation, le véritable enjeu consiste à comprendre quelle donnée elle utilise, à quelle version elle appartient et pour quel usage elle a été construite.

Le facteur d’émission n’est jamais un simple coefficient

Lorsqu’un facteur est récupéré dans une base officielle, il peut être tentant de le considérer comme une valeur universelle.

Ce n’est pas le cas.

Un facteur d’émission repose sur un périmètre, des hypothèses, une unité, parfois une localisation géographique et une période de référence.

Avant de l’intégrer dans un calcul, il faut donc vérifier sa compatibilité avec la donnée d’activité disponible.

Par exemple, deux facteurs portant sur un même type d’énergie ou de transport peuvent différer parce qu’ils ne couvrent pas exactement les mêmes étapes du cycle de vie, la même géographie ou les mêmes hypothèses.

Une donnée très précise multipliée par un facteur inadapté ne produit pas nécessairement un résultat robuste.

Ce qu’il faut documenter pour chaque facteur utilisé

La robustesse d’un bilan carbone ne repose pas uniquement sur les chiffres obtenus. Elle dépend aussi de la capacité à reconstituer le calcul.

Pour chaque facteur significatif, l’organisation devrait pouvoir retrouver :

  • sa source ;

  • son identifiant ou sa référence ;

  • sa version ou sa date ;

  • son unité ;

  • son périmètre méthodologique ;

  • les principales hypothèses associées ;

  • et la donnée d’activité à laquelle il a été appliqué.

Cette documentation peut sembler secondaire lors du premier exercice. Elle devient essentielle dès qu’il faut mettre à jour le bilan, expliquer une variation ou faire relire le résultat par un tiers.

Ne pas confondre cohérence et immobilité

Un autre piège consiste à conserver indéfiniment le même facteur d’émission afin de maintenir une comparaison parfaite d’une année à l’autre.

Les bases de données évoluent précisément parce que les connaissances, les procédés et les méthodes s’améliorent.

Un facteur peut donc être révisé.

La bonne pratique n’est pas de figer artificiellement les données, mais de versionner les facteurs utilisés et documenter les changements.

Lorsqu’un résultat évolue entre deux exercices, cette traçabilité permet alors de distinguer trois phénomènes différents : une évolution réelle de l’activité, une amélioration de la donnée collectée ou une mise à jour méthodologique du facteur.

Cette distinction est indispensable pour interpréter correctement une trajectoire carbone.

Base Empreinte va au-delà de la seule comptabilité carbone

L’évolution vers Base Empreinte traduit également une ambition plus large.

La Base Carbone était historiquement centrée sur les facteurs nécessaires à la comptabilité des émissions de gaz à effet de serre.

Base Empreinte rassemble désormais des données destinées à plusieurs usages environnementaux, notamment la comptabilité carbone, l’affichage environnemental et certaines démarches d’écoconception. L’ADEME indique que cette centralisation vise notamment à améliorer la cohérence des données entre ces différents usages. Affichage Environnemental (nouvel onglet)

Cette ouverture est utile, mais elle impose une discipline supplémentaire : une donnée environnementale ne doit jamais être utilisée uniquement parce qu’elle est disponible dans la base.

Il faut d’abord comprendre ce qu’elle mesure.

À retenir

Base Carbone et Base Empreinte ne doivent plus être considérées comme deux bases concurrentes entre lesquelles une organisation devrait simplement choisir.

Base Empreinte est issue de la convergence entre Base Carbone et Base IMPACTS et constitue aujourd’hui le dispositif de référence de l’ADEME pour différents exercices de comptabilité environnementale. Affichage Environnemental (nouvel onglet)

Pour un bilan GES, la qualité méthodologique repose donc moins sur le nom de la base que sur quatre questions :

Quel facteur ai-je utilisé ? Pourquoi correspond-il à mon activité ? Quelle version ai-je utilisée ? Puis-je reconstituer ce choix dans plusieurs mois ou plusieurs années ?

Du facteur au résultat : conserver la chaîne de preuve

Un facteur d’émission n’est pas une simple valeur intermédiaire dans un tableur.

Il constitue une hypothèse méthodologique directement intégrée au résultat.

Un système de comptabilité carbone robuste doit donc permettre de remonter du résultat à la donnée d’activité, puis au facteur utilisé, à sa source et à sa version.

Cette chaîne de preuve permet de vérifier un calcul, de comprendre une évolution et d’améliorer progressivement la qualité du bilan.

La précision du résultat compte.

La capacité à expliquer comment ce résultat a été obtenu compte tout autant.

Contacter Nautilus

Sources

  1. Base Empreinte® — Base de données (nouvel onglet) — ADEME
  2. Base Empreinte : vers un outil unique au service de la comptabilité environnementale (nouvel onglet) — ADEME
  3. Base Carbone® — jeu de données (nouvel onglet) — ADEME

Besoin de structurer votre démarche ?